lundi 1 juin 2009

L'étrange vie de Zhang

Emprisonné à 21 ans pour avoir détruit un enregistrement vidéo montrant des affrontements entre soldats et habitants de Pékin, Zhang s'est ensuite retrouvé cinq ans en liberté conditionnelle, avec interdiction formelle de voyager, de s'exprimer, de publier et d'approcher un journaliste.
Aujourd'hui, cet ancien prisonnier politique est officiellement libre mais il ne peut trouver un emploi stable. Faute de percevoir un revenu, il doit vivre aux crochets de sa mère et grignoter la modeste pension de cette dernière.
A 41 ans, il peut enfin raconter son histoire.
"Nous avions pour la plupart une vingtaine d'années. Nous commencions notre vie et, d'un seul coup, elle a été brisée", dit-il. "Maintenant, après toutes ces années, nous sortons et tout le monde s'en fiche. Plus personne ne fait attention à nous".
Le "Printemps de Pékin" et la répression de Tiananmen semblent en effet bien loin. Si une majorité de Chinois sont passés à autre chose, muselés par le régime communiste ou attirés par les sirènes de la prospérité, Zhang, lui, paie chaque jour le prix de sa décision.
Il lui est impossible de travailler parce qu'il a été condamné et il ne survit que grâce à la pension de sa mère, équivalente à 105 euros. En outre, il doit cacher son passé à ses proches, qui le croient retraité de l'armée, et ne reconnaît pas le Pékin de ses jeunes années.
"Nous étions tous un peu pareils à l'époque. On n'était pas mieux que les autres et l'opinion d'autrui était prioritaire", s'est-il souvenu dans un entretien à l'Associated Press accordé dans un café proche de son domicile. "Ce sens de la camaraderie, de l'entraide, a bel et bien disparu. A présent, si quelqu'un réclame de l'aide, on lui demande d'abord combien il peut payer..."
Chauve et maigre, Zhang a une dent en moins et la mine sombre. Mais il conserve un sens aiguisé de l'ironie.
Au moment de son arrestation, il était portier au Centre des expositions de Pékin. Ses anciens collègues ont une famille, un petit revenu et une assurance santé. Zhang n'a rien de tout cela.
Comme beaucoup de ceux qui écopèrent des peines les plus dures, lors des manifestations de 1989, ce dissident n'était ni un étudiant ni un meneur. Il était simplement un de ces ouvriers qui ont brûlé des camions de l'armée, qui se sont heurtés aux forces de l'ordre et qui ont volé du matériel.
Aux premières heures du 4 juin 1989, Zhang a ainsi dérobé une vidéo tournée par des paramilitaires qui montrait des habitants bloquant l'avancée de soldats en route vers la place Tiananmen. Il a ensuite jeté le document dans les flammes d'un véhicule incendié.
En agissant ainsi, explique-t-il, il souhaitait épargner la prison voire la mort à ceux qui figuraient sur l'enregistrement.
"Ils nous ont traités de casseurs et nous ont accusés d'agir contre le gouvernement", ajoute Zhang en murmurant pour ne pas attirer l'attention des clients du café. "Nous n'étions pas antigouvernementaux. Nous étions contre ce qu'ils faisaient, contre leurs méthodes. Pourquoi envoyaient-ils l'armée pour écraser leur propre peuple?".
A ses yeux, les personnes arrêtées après les événements du 4 juin sont les "agneaux sacrificiels de l'histoire".
"Les étudiants n'ont pas subi de graves conséquences. Ils ont repris leurs cours et se sont retrouvés en classe de rééducation. Nous, nous avons été punis pour les étudiants parce que le gouvernement devait rétablir l'ordre social", analyse-t-il à froid.
A l'instar de Zhang, la plupart des ex-détenus de Tiananmen vivent dans la misère et la honte. De plus, souligne l'un d'eux, Sun Liyong, ancien policier arrêté pour avoir critiqué le régime, beaucoup souffrent de problèmes de vue, de pression artérielle et de douleurs au dos, mais n'ont pas les moyens de se faire soigner.
En juin 2008, le Département d'Etat américain a estimé que 50 à 200 personnes emprisonnées au moment de cette répression contre le mouvement démocratique croupissaient encore dans des geôles chinoises.

2 commentaires:

  1. l'histoire retiendra son nom et elle servira d'exemple comme l'est actuellement Alioune
    Citoé Diatta

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  2. je loue tes efforts à briser la loi de ce silence d'aussi forte belle manière............

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